Parmi mes amis proches, nombreux sont ceux qui sont politisés ou partagent mes convictions. Avec certains, nous avons naturellement souhaité constituer un groupe pour discuter d'un projet de vie et à la campagne et le faire avancer.

Au début centré sur un noyau dur, le groupe s'est peu à peu étendu à des amis d'amis et nous nous retrouvions régulièrement (environ une fois par mois) pour discuter.

Toujours conviviales, les réunions avaient tendance à ne pas faire avancer le projet, tant les objectifs, motivations et craintes de chacun ne semblaient pas toujours harmonieuses. Il s'avère qu'en réalité, il s'agissait le plus souvent de querelles de mots, l'objectif principal de vivre une vie simple dans un lieu permettant l'autonomie pour subvenir par nous-même à nos besoins en produisant notre nourriture et notre énergie et en limitant au maximum nos interactions avec la société capitaliste semblait largement partagé.

De plus, chacun avance à son rythme dans la vie et tous ne sont pas prêts à s'investir de la même manière au même moment. Et certains sujets très sensibles et fondamentaux n'ont pas été abordés en profondeur. En particulier le financement.

Certains membres du groupe avaient de l'argent. Soit parce qu'ils travaillaient à plein temps pour de bons salaires depuis plusieurs années, soit en raison d'une situation familiale avantageuse (par exemple pour ceux qui vivaient chez leurs parents) ou simplement parce qu'ils avaient été plus prévoyant ou moins dépensiers.

D'autres n'avaient presque aucune épargne. Peut-être parce qu'ils n'avaient pas pu ou pas voulu entrer réellement dans la "vie active" et s'étaient contenté de petits boulots occasionnels et mal payés.

Comment faire ? Il semblait admis par tous qu'il était préférable que chacun soit propriétaire du lieu à parts égales et que la vente de sa part ne devait pas se faire sans consultation du groupe. La forme juridique de la propriété en indivision semblait adaptée. Fallait-il ensuite chercher un terrain qui convienne aux plus petits budgets ? Ou que chacun investisse selon ses moyens, peu pour ceux qui n'avaient pas d'épargne et beaucoup pour ceux qui disposaient d'un confortable bas de laine ? Mais dans ce cas, fallait-il tenir compte du temps que chacun avait passé à travailler auparavant ? Ces questions n'avaient pas été tranchées.

Lorsqu'une opportunité s'est présentée pour l'achat d'un terrain, le projet est soudain passé à une phase beaucoup plus concrète et ces questions sont revenues avec force avec la question des affinités de chacun avec les autres membres du groupe qu'ils ne connaissaient pas forcément de puis longtemps.